Tapis derrière d'énormes buissons touffus,
il attend. Il sait qu'à cette heure-ci, mais surtout
qu'à cet endroit-ci, les personnes qu'il recherche ne
manquent pas. Malgré tout, il commence à avoir des
doutes. D'habitude, le chemin qu'il surveille est beaucoup plus
animé qu'en ce jour. Il lève lentement la tête
vers le ciel, ou du moins, ce qu'il peut en voir, à travers
l'épais feuillage des arbres de la forêt, et ne peut
s'empêcher d'esquisser un sourire, tant il est
étonné par sa propre stupidité. Il n'a pas vu,
trop concentré sur l'apparition prochaine d'un passant,
qu'une couche opaque et grisâtre tombe peu à peu sur
les arbres les plus hauts. Un brouillard, d'une rare
épaisseur, s'étale lentement -mais sûrement.
Agacé par son oubli, il serre le poing gauche et s'enfonce
les ongles dans sa paume, comme pour se punir. Un fin filet de sang
coule le long de son poignet. Ca fait mal mais il l'avait
mérité.
Un craquement, suivi par le crissement régulier du
gravier sous des pas, à sa droite attire son attention. Il
penche un peu plus la tête et étire son cou, afin de
voir qui ou ce qui produit ce son. Une sorte de stress lui tiraille
soudain l'estomac, il a peur d'avoir attendu pour rien. Mais ses
attentes seront largement contentées lorsqu'il verra le
visage angélique d'une adolescente apparaître à
l'angle du chemin. La jeune fille cours à en perdre haleine
et respire difficilement. Elle semble fatiguée par son
jogging, c'est parfait. Elle n'en sera que plus facile à
attraper. Il frotte ses mains, signe de satisfaction et,
après une courte inspiration, se jette sur le sentier. Il se
plante au milieu de la petite route, les bras le long du corps, et
reste là, statique. Elle sera surprise par sa
présence étrange. L'adolescente, trop
concentrée sur son souffle, chancelle en voyant cet homme
bizarre qui la toise d'une manière effrayante, sadique, mais
le contourne en lui jetant un regard apeuré. Il attendait
seulement qu'elle passe à côté de lui et
lorsqu'elle fut à sa hauteur, se précipite sur elle
et l'attrape, commençant par lui plaquer la main contre sa
bouche, afin qu'elle ne crie pas. La fille, ne pouvant hurler, se
débat de toutes ses forces, malgré la fatigue qui la
terrasse à cause de sa course.
Un violent coup dans la tempe et la
voilà immobilisée.
* * *
Elle ouvre les yeux avec beaucoup de difficultés
et sa vision est floue. Elle ne distingue que des formes sombres et
indéfinies, et sa tête lui fait horriblement
mal. Elle se masse légèrement la tempe droite
et sent une énorme bosse sous ses doigts. Elle ne peut
réprimer un gémissement de douleur, mais aussi de
terreur. Son coeur bat à une vitesse affolante et ses mains
sont si moites qu'elle ne pourrait rien tenir sans que ça ne
lui glisse entre les doigts.
- Alors, on est réveillée? Lui lance
soudain une voix moqueuse, très grave.
- Qu.. Qui... Qui êtes-vous? Réussit-elle
à articuler, surprise et apeurée par les
tonalités sadiques de cette voix.
- Ne t'inquiètes pas, tout ira très vite,
répond-il calmement.
Trop calmement.
- Qu'est-ce que vous voulez ! Crache-t-elle,
commençant à paniquer.
Elle entend des bruits de pas qui semblent se diriger
vers sa droite, puis le grincement d'une porte que l'on ouvre et
enfin la voix de son agresseur.
- Sors de là, et fais pas de bêtises
sinon... menace-t-il en s'adressant à une autre
personne.
Le concerné répond par un grognement de
terreur et elle perçoit de nouveau bruits de pas.
- Ch... Cherry?! S’écrie l'autre otage en
apercevant la jeune fille.
- Maxim ! Crie-t-elle en sanglotant.
Quelqu'un semble courir vers elle mais est brusquement
stoppé.
- J'ai dis: pas de bêtises.
- D... D'accord.
- C'est bien, murmure affectueusement l'agresseur, comme
s'il félicitait un chien ayant fait une bonne action. Bon,
je crois qu'il est temps pour moi de passer à
l'action.
- Que voulez vous dire?! S’enquit Maxim avec
angoisse.
- Ferme la et regarde. Oui, regarde... Regarde bien ta
soeur parce que c'est la dernière fois que tu la vois... en
vie !
- NOOON ! Attendez, vous n'allez quand même
pas...
- Ben tiens, je vais me gêner !
- Je vous en prie, laissez la ! Ne lui faîtes pas
de mal...
- T'es pas en mesure de me demander des trucs, alors
boucle la et tiens toi tranquille.
Il regarde brièvement Cherry et saisit Maxim par
les épaules. Celui-ci tente de le frapper mais son agresseur
est plus fort que lui et le ligote, juste en fasse de sa soeur. Il
plonge ensuite sa main dans la poche de son jean et en sort un
énorme pistolet noir brillant. Il le regarde avec amour et
l'enclenche, tout en affichant un air satisfait. Puis, il le
descend lentement, jusqu'à ce que son
extrémité touche la tempe enflée de Cherry,
toujours aveuglée par la douleur. Celle-ci sursaute au
contact de la surface froide et lisse de l'arme, et se
recroqueville encore plus dans son coin. Enfin, il presse son arme
contre le front pâle de l’adolescente.
- Dis adieu à ta soeurette, mon gars.
- Non ! Noooooooo...
Son cri sera étouffé par le son sec mais
fort de l'arme à feu, déclanchée par
l'homme.
- Cherry..., sanglote Maxim en fixant le cadavre de sa
soeur.
La scène est digne des pires films
d’horreur ; Cherry a le crâne réduit en
miette et la violence de la balle a fait explosé sa
cervelle, dont de nombreux morceaux, accompagnés d’une
grande quantité de sang, parsèment le mur contre
lequel elle est appuyée. Sa tête est tombée en
avant, laissant ainsi apparaître la plaie béante
à l’arrière de son crâne.
-
Sale
enfoiré ! J’aurai ta peau ! hurle Maxim en
se débâtant comme un diable sur sa chaise.
-
Oh
toi, ta gueule, fit l’homme en appuyant sur la
gâchette.
Très heureux de ce qu’il vient
d’accomplir, le mystérieux agresseur enlève ses
gants et se frotte les mains. Qu’est-ce qu’il aimerait
avoir une bouteille de champagne pour fêter dignement
l’évènement ! Un bruit à
l’extérieur le fait sursauter. Des sirènes.
Comment les flics sont-ils au courant ?! Il ne lui
reste plus qu’à fuir. Tant pis, la fête sera
pour plus tard… Ou pas ? Alors qu’il
franchissait la porte du garage, une jeune policière surgit
dans l’encadrement, arme en main et pointée sur
lui.
-
Les
mains en l’air, sale fils de pute ! crache-t-elle en
avançant vers lui. Et plus vite que
ça !
Il n’a plus d’autre choix que de faire ce
qu’elle lui ordonne et obtempère lentement.
- Pose ton
arme avant ! crie-t-elle en faisant de grands gestes
désordonnés.
Une
débutante ? Parfait… Il se baisse et jette
son pistolet aux pieds de la jeune femme, puis se relève,
les mains au dessus de sa tête. La policière
s’accroupit, tout en menaçant l’homme de son
arme et une fois suffisamment basse, elle agrippe son
flingue.
-
Recule. ALLEZ, MAGNE-TOI !
Le prisonnier obéit et marche en arrière,
sous le regard agressif de celle qui le menace. Ils arrivent
progressivement dans la pièce du meurtre et elle peut
déjà apercevoir d’énormes traces de sang
sur les murs. Une fois au milieu de la salle, la flic inspire un
grand coup et jette un œil vers les deux cadavres. Le
spectacle qu’elle voit l’horrifie, la
dégoûte, mais elle ne peut pas se laisser submerger
ainsi par tant d’émotions. Cependant, elle ne tient
pas et se précipite dehors pour vider toutes ses
tripes.
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