Accueil Date de création : 10/04/08 Dernière mise à jour : 11/06/08 22:13 / 15 articles publiés

Chapitre IV: Le rendez-vous.  posté le jeudi 08 mai 2008 16:08

Je marchais dans la rue, un papier froissé à la main. Je le serrais à l'intérieur de mon poing, si bien qu'au bout du compte, il était tout humide et les quelques mots inscrits dessus s'étaient légèrement effacés. Néanmoins, je connaissais par coeur son contenu pour l'avoir regardé une bonne quinzaine de fois avant de me rendre où j'allais à présent.

Lorsque j'avais téléphoné à Newton, il avait tenu à ce que nous parlions face à face de ce que j'avais décidé pour mon poste à Elroy. Il m'avait précisé qu'il resterait à Lexville,  ville que j'habite, durant encore trois jours et m'avait donné l'adresse de l'hôtel dans lequel il résidait. Sur le coup, j'étais parfaitement calme et détendue, et quand j'avais raccroché, j'avais même esquissé un sourire de satisfaction.

Mais maintenant que je me rapprochais du Princess, mon enthousiasme s'envolait quelque peu. Plus la distance que me séparait de l'hôtel diminuait, moins j'avais d'assurance et plus mon stress augmentait. Je ne comprenais pas la raison d'autant d'angoisse de ma part. Etant de nature plus décontractée - si décontractée que j'en commettais des gaffes - je n'avais pas pour habitude de réagir ainsi, surtout pour une histoire de boulot. M’enfin là, tout de même, il s'agissait de mon paternel et il aurait été étrange qu'une personne censée - tout aussi cool qu'elle soit - se comporte d'une autre manière.

Mes réflexions m'avaient conduite directement à l'entrée du Princess. Je relevai la tête pour observer l'hôtel dans toute sa grandeur et plissai les yeux sous l'effet du soleil. C'était un haut bâtiment en briques écarlates, sur la façade duquel était inscrit en néons - dont la moitié était cassée - le nom. Tous les volets étaient clos, sauf pour une seule fenêtre dont le battant était grand ouvert. Je devinai qu'il s'agissait de la chambre d'Edward, puisqu'en cette période de l'année, il était normal que les hôtels soient peu remplis.

Premier étage... Je montai les escaliers avec lenteur, la main droite glissant le long de la rambarde poisseuse, l'autre main serrant toujours le papier froissé. J'avais escaladé une bonne dizaine de marches quand j'arrivai sur le palier. Un petit couloir étroit s’étendit alors à mes pieds. Il ne comportait que quatre portes - donc quatre chambres. Tant mieux, je n'aurais pas à chercher la bonne suite pendant trois plombes.  Je jetai un oeil rapide - et inutile, puisque je le connaissais par coeur - vers mon petit post-it détrempé. Chambre 2. Tiens, deux... mon chiffre fétiche. Je ne croyais pas à ce genre de trucs, mais c'était peut être bon signe, non ? Je trouvais tout et n'importe quoi pour me rassurer. C'était absurde, puisque mon père ne serait pas là aujourd'hui.

D'une main tremblotante, je frappai mollement à la porte. Une voix, celle de M. Newton, résonna dans le petit couloir désert.

- Non merci ! Je vous ai déjà dis que je ne voulais pas de femme de ménage !

La situation m'amusa beaucoup et je ne pus m'empêcher de sourire, répondant à son refus qui ne m'était pas destiné.

- Tant pis alors, je reviendrai plus tard !

Il y eu alors un petit silence, puis le cliquettement du verrou, et enfin le grincement de la porte s'ouvrant. Le visage surpris et rieur d'Edward apparut dans l'encadrement, affichant néanmoins un air gêné.

- Excusez-moi, j'ignorai que vous viendriez si tôt. Je vous avais pris pour la bonne, déclara-t-il en se grattant la nuque.

- J'avais remarqué ! Répondis-je en riant et désignant la mousse à raser sur ses joues.

Il m'adressa un faible sourire et me fit signe d'entrer.

- Installez vous, j'arrive dans cinq minutes.

J'obéis et allai m'asseoir dans le fauteuil miteux, qui faisait partie du faible mobilier de la pièce. Mon regard se balada un peu partout dans la chambre, jusqu'à tomber sur le journal de la veille, posé sur une minuscule table basse. Je me penchai légèrement et attrapai la gazette, dont le gros titre attira mon attention.

 

Meurtres en série en Arasy*

Depuis quelques temps, l'Etat d'Arasy est frappé par une vague meurtrière. De Lexville à Elroy, les assassinats ne cessent d'augmenter. La police n'a pas voulu nous donner de détails, mais affirme qu'il s'agirait de l'acte d'une seule et même personne. Il semblerait que le tueur en série capture ses victimes dans la forêt, puis les ramène chez elles, où il les tue en même temps que toute leur famille. Depuis le meurtre de Cherry et Maxim Rockwell, le tueur enchaîne les crimes, sans jamais laisser de traces sur les lieux. Le sergent Milhouse a accepté de témoigner pour...

 

- Effrayant, n'est-ce pas ?

Je sursautai. Trop absorbée par ma lecture, je n'avais même pas remarqué le retour de Newton. Il se tenait derrière moi, rasé à présent, et arborait un air soucieux.

- Oui, assez, dis-je en relisant les premières lignes de l'article, m'arrêtant sur celles qui parlaient des deux adolescents.

- C'est justement pour ça que votre père vous veut avec lui, éluda-t-il en regardant lui aussi le journal.

- Comment ça ? M’enquis-je en tournant brusquement la tête vers lui, les sourcils froncés.

- Il désire que vous vous occupiez de cette affaire, répondit Newton en fixant toujours l'article.

J'étais dans l'incompréhension totale.

- Mais enfin je... Comment se fait-il qu'il... Pourquoi..., balbutiai-je, sans trouver mes mots.

- Je l'ignore, mais il tient beaucoup à ce que vous fassiez partie des recherches.

Je restais muette. Toutes sortes de questions se bousculaient dans ma tête et je désirai plus que tout leur trouver des réponses mais je savais pertinemment qu'Edward ne pourrait - ou ne voudrait - rien me dire et semblait penser que c'était à mon père que revenait ce rôle.

- Ecoutez, Amandine. Il vous veut auprès de lui le plus vite possible. Les meurtres s'enchaînent à une vitesse incroyable et il tient absolument à ce que vous continuiez l'enquête - avec l'équipe s'en chargeant déjà, bien sûr. C'est pourquoi je vous propose de partir le plus tôt possible - demain serait le mieux.

- De... Demain ? Murmurai-je, la gorge sèche. Si tôt...

- Oui, ça serait préférable... et ça vous laisse un peu de temps pour faire vos valises.

Le ton était catégorique. Il me semblait que je n'aurais pas mon mot à dire et qu'une tentative de protestation serait inutile. De toute manière, j'étais trop sonnée pour refuser quoi que ce soit.

- Alors on se dit à demain ? dit-il en se levant.

- Oui... articulai-je en faisant de même.

- Vous connaissez la sortie, termina-t-il.

Je passai devant lui sans même lui adresser un "au revoir" et sortit de sa chambre, droite comme un i et raide comme un piquet.


* Etat imaginaire ^^

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