- S'il vous plait, Amandine, me supplia Edward, conduisez moins vite.
Je lâchai la route du regard et me concentrai un instant sur le compteur de vitesse. A ma grande surprise - et effarement, surtout - je roulais à plus de 170 km/h. Je freinais légèrement afin de respecter la limite autorisée et soupirai en me focalisant de nouveau sur le trajet. Il y eu un grand silence. On n'entendait que le bruit du moteur et celui des pneus crissant sur le goudron. Je jetai un oeil rapide vers mon passager et remarquai qu'il était crispé; les doigts de sa main gauche s'enfonçaient dans le cuir de son fauteuil et son autre main serrait si fort le frein à main que ses jointures apparaissaient, blanchâtres.
- Désolée, c'est une manie chez moi de rouler à fond la caisse, surtout quand je réfléchis.
- Non, ce n'est pas de votre faute, répondit-il en relâchant un peu la pression. C'est moi... Je n'aime pas beaucoup les trajets en voiture.
- Oh, je vois.
Il soupira.
- Je sais que c'est bizarre venant d'un flic mais... c'est plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher de stresser lorsque je suis dans un véhicule.
Il semblait en colère, mais je ne comprenais pas pourquoi.
- Comment ça se fait ?
- Je préfèrerais... éviter le sujet, marmonna-t-il, évasif.
- Mmmm.
- Je n'ai pas envie d'en parler. Point, me dit-il froidement.
- ... D'accord.
Ce fut les seules paroles que nous échangeâmes pendant la journée. Nous étions restés silencieux, n'osant croiser le regard de l'autre. Je ne saurais comment l'expliquer, mais une sorte de gène s'était établie entre nous deux. Peut être parce que je boudais à cause de la manière dont il m'avait parlé ou parce qu'il semblait ailleurs et triste, ou peut être bien même les deux.
Vers 19h00, nous arrivâmes à Port Cramble, une petite ville située à 250 km d'Elroy. Nous décidâmes de nous y arrêter pour la nuit, et de reprendre le chemin le lendemain. Je louais une chambre à lits séparés, dans un petit hôtel encore plus miteux que le Princess.
- 'Vais prendre une douche, marmonna-t-il, une fois que nous nous étions installés.
Il s'adressait probablement plus à lui-même qu'à moi, puisqu'il claqua la porte de la salle de bain avec que j'eus le temps de répondre.
- C'est ça, va prendre ta douche... crétin, dis-je en grinçant des dents.
J'entendis le grincement du robinet, puis l'eau qui coulait doucement contre la paroi de la cabine de douche. Ce son à la fois doux et relaxant m'apaisa un peu et je sentis me paupières s'alourdir. Je dus m'endormir puisque ce que je vis par la suite ne pouvait être réel.
J'étais dans un immense champ de fleurs - des tulipes, pâquerettes, orchidées, jonquilles -, et je courais les cheveux au vent. L'air était tiède et vraiment agréable, et il me donnait envie de voler. Ma course folle me mena à la lisière d'un petit bois de pins. Sans réfléchir, j'abandonnai le champ aux fleurs et trottinait sur le chemin s'enfonçant dans les arbres. A peine deux minutes plus tard, j'aperçus une minuscule clairière, magnifique. Au milieu de celle-ci coulait un fin ruisseau, dont l'eau, étonnamment claire, projetait de toutes parts des reflets argentés. Je me penchai vers le liquide miroitant et mon image m'apparut. Je me contemplais en souriant quand soudain, mon visage sembla changer. Mes joues devenaient plus rebondies, mon nez se rétrécissait peu à peu, des boutons apparaissaient un peu partout sur mon menton, mes joues. Mes cheveux s'allongèrent et des mèches rouges les colorèrent vite. J'avais rajeuni de 10 ans. Un cri d'horreur m'échappa, et je plaquai mes mains contre ma bouche afin d'en éviter un nouveau.
- Voila qui est intéressant... Comme on se retrouve !
Je me retournai en un seul bond et me retrouvais face à l'homme de mes pires cauchemars, celui que j'avais laissé s'enfuir en vomissant comme une merde. Il était là, devant moi, avec son atroce cagoule noire.
- Amandine... chantonna-t-il, tu te souviens de moi ?
Je ne répondis pas, clouée au sol par ma propre peur.
- Amandine ? Répond moi, chantait-il en s'approchant de moi.
Je me recroquevillais sur moi-même, incapable de faire autre chose.
- AMANDINE !
- AAAAAH ! Hurlai-je en me réveillant en sursaut.
Je restai figée, bloquée, trop choquée pour oser bouger, même si je savais qu'il ne s'agissait que d'un rêve.
- Hé ho, Amandine !
Je relevai, avec une lenteur exagérée, la tète pour regarder mon interlocuteur. Edward était debout, à côté de mon lit, et semblait très mécontent.
- C'est l'heure ! dit-il sèchement.
- Mmmhein ?
- Il est 8h15 ! S’agaça-t-il. Dépêchez vous, nous avons pris du retard.
Je baillai et m'étirai, faisant mine de ne pas avoir entendu ce qu'il venait de dire. Il s'énervait contre moi et il croyait que j'allais jouer les bons petits toutous ? Eh bien on voyait bien qu'il ne me connaissait pas ! Il remarqua mon manège et poussa un petit cri rageur. Il se baissa, ramassa mes affaires et me les lança à la figure.
- Préparez vous ! Je vous attends dans la voiture, soyez là dans 10 minutes !
Voyant que je n'avais pas le choix, je m'habillais en vitesse, fis une rapide toilette et mis mes affaires en boules pour les tasser dans ma valise. J'étais prête en 5 minutes, il avait pas besoin de stresser l'autre abruti.
Je le rejoins dans ma voiture, après avoir descendu les escaliers en portant mes bagages - quelle galère !
- Je vous ai pris un café, marmonna Newton, lorsque j'eu mis le contact.
- Ah... Merci ! fis-je, surprise, en attrapant le gobelet qu'il me tendait.
Nous roulâmes pendant une heure environ, dans un silence plus que pesant. Edward tenait toujours son café - dont il n'avait pas bu une goutte - et ne daignait même pas de m'adresser le moindre sourire. Je finis par en avoir plus qu'assez de cette situation grotesque et appuyai avec force sur le frein.
Le choc fut immédiat. Les pneus crissèrent dans un bruit suraigu et la voiture fut victime d'un soubresaut. A l'intérieur, il y avait des "dégâts".
- Mais vous êtes complètement malade ou quoi ?! Beuglait Edward en faisant de grands gestes désordonnés. Vous auriez pu nous tuer ! Et regardez un peu ce que vous avez fait ! J'ai du café partout sur ma veste !
J'ignorai ses cris, et tournais brusquement la tête vers lui - mes mains serraient le volant si fort, à cause de mon énervement, que j'en aurais sûrement des courbatures par la suite.
- C'est quoi votre problème ?! M’écriai-je avec hargne.
- Mon problème ? MON PROBLEME ?! Vous conduisez comme une furie et vous osez me demander si J'AI un problème ?! Cracha-t-il.
Il devenait de plus en plus rouge, ce qui m'aurait sans doute amusée en d'autres circonstances.
- Je ne parlais pas de ça !
- Alors qu'est ce qu...
- Oh allez, réfléchissez un peu ! C'est pourtant si simple ! M’exclamai-je en insistant sur le dernier mot.
Son visage, dont les traits étaient déformés par la rage, se détendit un instant, pour à nouveau changer d'expression. Celle-ci était triste et on y voyait même de la douleur. En remarquant sa souffrance, je me radoucis également. Je n'osais plus le regarder, et il semblait passionné par la tâche de café sur sa veste.
- Vous voulez vraiment le savoir ? Murmura-t-il avec douceur - et mélancolie.
Koelia: Non, ma
troisième 
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