Mes hurlements avaient sans doute alerté Edward - à moins que ce ne fut mon comportement suspect lorsque j'étais passée devant lui - puisqu'il se trouvait à présent à mes côtés et tentait désespérément de comprendre ce qu'il m'arrivait. J'essayais de parler, de répondre à ses questions, mais mes sanglots étouffaient les faibles sons que je pouvais sortir, ma voix étant cassée.
- Ai... Aides moi ! Réussis-je à articuler, et je me jetai dans ses bras.
Je sentis qu'il était étonné par mon étreinte mais surtout gêné par cette proximité. Il passa maladroitement une main dans mon dos et caressa avec raideur mes cheveux. Ce geste, pourtant anodin, me calma peu à peu, et je constatai qu'il se détendit lui aussi.
- C'est fini... Calmes toi..., me murmurait-il d'une voix douce et chaleureuse.
Je me détachai de lui et le fixai d'un regard suppliant. Mes yeux piquaient, et je devinai qu'ils devaient être tout bouffis. Je vérifiai mon idée en jetant un oeil vers les miroirs crasseux et constatai avec dégoût que j'avais l'apparence d'un zombie. Je ne pus m'empêcher de grimacer de mécontentement.
- En effet, tu es horrible.
La remarque d'Edward me fit tout d'abord sourire, puis rire. Je me regardai une nouvelle fois et mon hilarité augmenta. Pourtant, en de telles circonstances, devrait-on réagir ainsi ? Je n'avais probablement plus toute ma tête, ou alors j'étais une humaine hors normes. La question que me posa mon collègue me ramena à la réalité et mon fou rire s'arrêta immédiatement.
- Alors, peux-tu me dire ce qui t’a mis dans cet état ?
Je déglutis difficilement et me lançai, sachant pertinemment qu'il l'apprendrait tôt ou tard. Je préférais qu'il le sache maintenant, ainsi il ne m'en reparlerait plus.
- La... La victime... La dernière victime c'est...
Je fus interrompue par l'entrée d'un intrus - ou plutôt d'une intruse. La femme-vipère, celle qui semblait me haïr, se tenait devant nous deux, affichant de nouveau un air mécontent. J’entendis Edward lâcher un juron énervé.
- En plus de me voler mon poste tu me piques mon mec ! Siffla-t-elle, et je remarquai que je serrais les mains d'Edward - geste purement instinctif, puisque je ne m'en étais même pas rendue compte.
Avant que j’eusse le temps de réagir, elle s'avança vers nous et arracha son petit ami de mon étreinte involontaire.
- Mélinda, calmes toi... Elle était triste et je l'ai cons...
- Rien à foutre ! Je ne veux pas que cette salope te tourne autour !
Moi ? Une salope ? Cette poufiasse parlait de moi comme si je n'étais pas là, et je ne pus m'empêcher d'ajouter mon grain de sel.
- Il a raison, faut te calmer ! J'm'en fous de ton mec, c'est juste un collègue ! Et puis... étant donné que nous sommes dans la même équipe lui et moi, on sera bien obligé de se côtoyer !
Je terminai mon intervention par une moue moqueuse, ce qui eut pour effet de l'enrager encore plus.
- J'irai en parler à Land ! Euh... Ton père, quoi !!! Et je peux te jurer qu'il va te virer !!
- Pas sûr...
- C'est ce qu'on verra ! Cracha-t-elle pour finir. Viens Edward, on rentre à la maison !
Ce dernier leva les yeux au ciel et, voyant mon air indigné, haussa les épaules et suivit Mélinda. J'étais effarée par un tel comportement mais surtout par l'attitude d'Edward, qui lui obéissait comme un chien bien dressé. Mais ce petit incident ne fut qu'une minuscule distraction qui s'évapora comme de la fumée de cigarette et ma peine reprit le dessus, bien qu'un peu modifiée: ma tristesse s'accompagnait d'un désir, un désir plus fort que tout. Plus que de la haine, j'avais soif de vengeance. Retrouver le meurtrier était à présent mon seul et unique but, et je mettrais toute mon âme pour le réaliser.

Commentaires