Accueil Date de création : 10/04/08 / Dernière mise à jour : 12/06/08 18:30 / 15 articles publiés
 

Chapitre IV: Le rendez-vous.  posté le jeudi 08 mai 2008 16:08

Je marchais dans la rue, un papier froissé à la main. Je le serrais à l'intérieur de mon poing, si bien qu'au bout du compte, il était tout humide et les quelques mots inscrits dessus s'étaient légèrement effacés. Néanmoins, je connaissais par coeur son contenu pour l'avoir regardé une bonne quinzaine de fois avant de me rendre où j'allais à présent.

Lorsque j'avais téléphoné à Newton, il avait tenu à ce que nous parlions face à face de ce que j'avais décidé pour mon poste à Elroy. Il m'avait précisé qu'il resterait à Lexville,  ville que j'habite, durant encore trois jours et m'avait donné l'adresse de l'hôtel dans lequel il résidait. Sur le coup, j'étais parfaitement calme et détendue, et quand j'avais raccroché, j'avais même esquissé un sourire de satisfaction.

Mais maintenant que je me rapprochais du Princess, mon enthousiasme s'envolait quelque peu. Plus la distance que me séparait de l'hôtel diminuait, moins j'avais d'assurance et plus mon stress augmentait. Je ne comprenais pas la raison d'autant d'angoisse de ma part. Etant de nature plus décontractée - si décontractée que j'en commettais des gaffes - je n'avais pas pour habitude de réagir ainsi, surtout pour une histoire de boulot. M’enfin là, tout de même, il s'agissait de mon paternel et il aurait été étrange qu'une personne censée - tout aussi cool qu'elle soit - se comporte d'une autre manière.

Mes réflexions m'avaient conduite directement à l'entrée du Princess. Je relevai la tête pour observer l'hôtel dans toute sa grandeur et plissai les yeux sous l'effet du soleil. C'était un haut bâtiment en briques écarlates, sur la façade duquel était inscrit en néons - dont la moitié était cassée - le nom. Tous les volets étaient clos, sauf pour une seule fenêtre dont le battant était grand ouvert. Je devinai qu'il s'agissait de la chambre d'Edward, puisqu'en cette période de l'année, il était normal que les hôtels soient peu remplis.

Premier étage... Je montai les escaliers avec lenteur, la main droite glissant le long de la rambarde poisseuse, l'autre main serrant toujours le papier froissé. J'avais escaladé une bonne dizaine de marches quand j'arrivai sur le palier. Un petit couloir étroit s’étendit alors à mes pieds. Il ne comportait que quatre portes - donc quatre chambres. Tant mieux, je n'aurais pas à chercher la bonne suite pendant trois plombes.  Je jetai un oeil rapide - et inutile, puisque je le connaissais par coeur - vers mon petit post-it détrempé. Chambre 2. Tiens, deux... mon chiffre fétiche. Je ne croyais pas à ce genre de trucs, mais c'était peut être bon signe, non ? Je trouvais tout et n'importe quoi pour me rassurer. C'était absurde, puisque mon père ne serait pas là aujourd'hui.

D'une main tremblotante, je frappai mollement à la porte. Une voix, celle de M. Newton, résonna dans le petit couloir désert.

- Non merci ! Je vous ai déjà dis que je ne voulais pas de femme de ménage !

La situation m'amusa beaucoup et je ne pus m'empêcher de sourire, répondant à son refus qui ne m'était pas destiné.

- Tant pis alors, je reviendrai plus tard !

Il y eu alors un petit silence, puis le cliquettement du verrou, et enfin le grincement de la porte s'ouvrant. Le visage surpris et rieur d'Edward apparut dans l'encadrement, affichant néanmoins un air gêné.

- Excusez-moi, j'ignorai que vous viendriez si tôt. Je vous avais pris pour la bonne, déclara-t-il en se grattant la nuque.

- J'avais remarqué ! Répondis-je en riant et désignant la mousse à raser sur ses joues.

Il m'adressa un faible sourire et me fit signe d'entrer.

- Installez vous, j'arrive dans cinq minutes.

J'obéis et allai m'asseoir dans le fauteuil miteux, qui faisait partie du faible mobilier de la pièce. Mon regard se balada un peu partout dans la chambre, jusqu'à tomber sur le journal de la veille, posé sur une minuscule table basse. Je me penchai légèrement et attrapai la gazette, dont le gros titre attira mon attention.

 

Meurtres en série en Arasy*

Depuis quelques temps, l'Etat d'Arasy est frappé par une vague meurtrière. De Lexville à Elroy, les assassinats ne cessent d'augmenter. La police n'a pas voulu nous donner de détails, mais affirme qu'il s'agirait de l'acte d'une seule et même personne. Il semblerait que le tueur en série capture ses victimes dans la forêt, puis les ramène chez elles, où il les tue en même temps que toute leur famille. Depuis le meurtre de Cherry et Maxim Rockwell, le tueur enchaîne les crimes, sans jamais laisser de traces sur les lieux. Le sergent Milhouse a accepté de témoigner pour...

 

- Effrayant, n'est-ce pas ?

Je sursautai. Trop absorbée par ma lecture, je n'avais même pas remarqué le retour de Newton. Il se tenait derrière moi, rasé à présent, et arborait un air soucieux.

- Oui, assez, dis-je en relisant les premières lignes de l'article, m'arrêtant sur celles qui parlaient des deux adolescents.

- C'est justement pour ça que votre père vous veut avec lui, éluda-t-il en regardant lui aussi le journal.

- Comment ça ? M’enquis-je en tournant brusquement la tête vers lui, les sourcils froncés.

- Il désire que vous vous occupiez de cette affaire, répondit Newton en fixant toujours l'article.

J'étais dans l'incompréhension totale.

- Mais enfin je... Comment se fait-il qu'il... Pourquoi..., balbutiai-je, sans trouver mes mots.

- Je l'ignore, mais il tient beaucoup à ce que vous fassiez partie des recherches.

Je restais muette. Toutes sortes de questions se bousculaient dans ma tête et je désirai plus que tout leur trouver des réponses mais je savais pertinemment qu'Edward ne pourrait - ou ne voudrait - rien me dire et semblait penser que c'était à mon père que revenait ce rôle.

- Ecoutez, Amandine. Il vous veut auprès de lui le plus vite possible. Les meurtres s'enchaînent à une vitesse incroyable et il tient absolument à ce que vous continuiez l'enquête - avec l'équipe s'en chargeant déjà, bien sûr. C'est pourquoi je vous propose de partir le plus tôt possible - demain serait le mieux.

- De... Demain ? Murmurai-je, la gorge sèche. Si tôt...

- Oui, ça serait préférable... et ça vous laisse un peu de temps pour faire vos valises.

Le ton était catégorique. Il me semblait que je n'aurais pas mon mot à dire et qu'une tentative de protestation serait inutile. De toute manière, j'étais trop sonnée pour refuser quoi que ce soit.

- Alors on se dit à demain ? dit-il en se levant.

- Oui... articulai-je en faisant de même.

- Vous connaissez la sortie, termina-t-il.

Je passai devant lui sans même lui adresser un "au revoir" et sortit de sa chambre, droite comme un i et raide comme un piquet.


* Etat imaginaire ^^

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Chapitre V: Au revoir.  posté le vendredi 09 mai 2008 14:13

9h00... C'était l'heure à laquelle Edward désirait partir le lendemain... en m'emmenant avec lui, donc c'était aussi l'heure de mon départ de Lexville. Il me l'avait dit rapidement alors que je quittai sa chambre d'hôtel avec une allure de zombie. Sur le coup, je l'avais entendu, mais pas écouté, et l'information me restait tout de même à l'esprit. Je clignai des yeux et tournai légèrement la tête. J'étais dans mon lit, sur le dos, les bras et les jambes en étoile de mer, et je fixais mon - magnifique - plafond.

- Mmmm.

J'émis un grognement. Je ne savais pas depuis quand, ni comment j'étais arrivée ici - chez moi. J'essayai sans succès de me souvenir de ce qu'il s'était passé entre mon départ du Princess et maintenant. Le néant, un trou noir. Pourtant, je n'avais ni bu ni pris de la drogue - ce qui, de toutes façons, ne faisait pas partie de mes habitudes.

Je lâchai un soupir et me tournai sur le côté, afin de me placer dans ma position favorite: en chien de fusil. Je me retrouvai ainsi face à ma penderie, dans laquelle se trouvaient, entre autres, mes vêtements, mes chaussures, mes valises, et autre bric-à-brac. Mes valises... Je songeai qu'il faudrait peut être commencer à les remplir mais... une petite voix dans ma tête m'ordonnait d'attendre encore un peu. Quitter la ville dans laquelle on avait pris racine n'était jamais évident, là encore moins puisque j'allais être confrontée à mon père.

Soudain, alors que j'étais - encore une fois - prise dans mes pensées, la sonnette d'entrée retentit, m'arrachant un petit cri de surprise, ainsi qu'un sursaut qui fit trembler mon lit.

- C'est qui ? Grognai-je en me souciant peu d'être polie.

- Euh... C'est Liza ! répondit une petite voix derrière la porte.

- C'est ouvert, entre.

J'entendis la porte s'ouvrir timidement, puis les pas mal assurés de mon amie - et collège. Comprenant qu'elle ne me trouvait pas, je lui lançai:

- Dans ma chambre !

Eh oui, trop ramollie pour faire des phrases complètes et construites. Elizabeth pénétra avec prudence dans la pièce où je me trouvais et me chercha rapidement des yeux. Lorsque nos regards se croisèrent, un immense sourire apparut sur son visage rond de bébé.

- Je te dérange pas ?

- Si mais maintenant que tu es là... marmonnai-je en lui souriant tout de même.

Elle traversa ma chambre à grandes enjambées et vint s'asseoir à mes côtés. Elle me fixa avec gaieté, puis anxiété.

- Qu'est-ce qu'il y a ? Demandai-je en voyant son inquiétude.

- Je me demandais comment tu allais... Ca ne doit pas être facile de... enfin, tu vois quoi, d'avoir...

- Eté virée, tu peux le dire, soupirai-je. Mais t'en fais pas, je survivrai.

- Oh ça, je sais bien ! Pouffa mon amie. Mais tout de même... Huston a été injuste avec toi.

- Ouais... N'empêche, j'aurai dû m'y attendre ! J'avais bien capté qu'il pouvait pas me saquer.

- Mais alors pourquoi l'as-tu ainsi provoqué ?! S’écria-t-elle, exaspérée.

- Que...

- Oui, tout le monde est au courant, là bas. Huston a passé ses nerfs sur chaque personne qu'il rencontrait alors forcément, on s'est posé des questions.

- Il m'a énervée, si tu veux savoir, à protéger son petit Grint !

- C'est là ton gros défaut, Amandine. Il faut toujours que tu pètes un câble lorsque quelque chose ne te plait pas.

- Et j'ai bien raison ! M’exclamai-je en haussant le ton. Je vais tout de même pas me laisser marcher sur les pieds !

- Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, et tu le sais très bien, s'agaça Liza. Il faudrait simplement que tu apprennes à te maîtriser, sinon tu auras des ennuis. Tu vois ce que ta réactivité a donné hier, avec le patron.

Je ne trouvais rien à redire, puisque, de toute évidence, elle avait raison. Je me contentai de hausser les épaules en faisant une moue indignée.

- Bon, qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ? Me demanda-t-elle plus calmement.

- Je pars... soufflai-je avec une pointe tristesse.

- Oh. C'est sûr qu'un peu de vacances, ça...

- Non, non. T'as pas compris. Je m'en vais, je quitte la ville. Pour de bon.

- Hein?

Elle ne semblait - ou ne voulait - pas comprendre.

- On m'a proposé un poste à Elroy. J'ai accepté. Je pars à 9h00, demain.

Ses mains se crispèrent un instant, puis elle inspira un grand coup pour tenter de garder son calme. Elizabeth était beaucoup trop émotive - à mon goût.

- Allez, angoisse pas. On gardera quand même contact ! Dis-je en essayant de prendre un air joyeux, histoire de la rassurer.

Je posai une main amicale sur son épaule mais, à ma grande surprise, elle se dégagea d'un geste sec.

- Mais... Lize...

Elle m'ignora totalement et se leva brusquement. Sans même me regarder, ni m'adresser la moindre parole, elle partit de mon - minuscule - appartement en claquant la porte.

Quelle drôle de manière de se dire au revoir...

 

Merci à Finette88, ma première (et seule, je pense ^^) lectrice.

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Chapitre VI: Tensions.  posté le samedi 10 mai 2008 14:49

- S'il vous plait, Amandine, me supplia Edward, conduisez moins vite.

Je lâchai la route du regard et me concentrai un instant sur le compteur de vitesse. A ma grande surprise - et effarement, surtout - je roulais à plus de 170 km/h. Je freinais légèrement afin de respecter la limite autorisée et soupirai en me focalisant de nouveau sur le trajet. Il  y eu un grand silence. On n'entendait que le bruit du moteur et celui des pneus crissant sur le goudron. Je jetai un oeil rapide vers mon passager et remarquai qu'il était crispé; les doigts de sa main gauche s'enfonçaient dans le cuir de son fauteuil et son autre main serrait si fort le frein à main que ses jointures apparaissaient, blanchâtres.

- Désolée, c'est une manie chez moi de rouler à fond la caisse, surtout quand je réfléchis.

- Non, ce n'est pas de votre faute, répondit-il en relâchant un peu la pression. C'est moi... Je n'aime pas beaucoup les trajets en voiture.

- Oh, je vois.

Il soupira.

- Je sais que c'est bizarre venant d'un flic mais... c'est plus fort que moi. Je ne peux pas m'empêcher de stresser lorsque je suis dans un véhicule.

Il semblait en colère, mais je ne comprenais pas pourquoi.

- Comment ça se fait ?

- Je préfèrerais... éviter le sujet, marmonna-t-il, évasif.

- Mmmm.

- Je n'ai pas envie d'en parler. Point, me dit-il froidement.

- ... D'accord.

Ce fut les seules paroles que nous échangeâmes pendant la journée. Nous étions restés silencieux, n'osant croiser le regard de l'autre. Je ne saurais comment l'expliquer, mais une sorte de gène s'était établie entre nous deux. Peut être parce que je boudais à cause de la manière dont il m'avait parlé ou parce qu'il semblait ailleurs et triste, ou peut être bien même les deux.

Vers 19h00, nous arrivâmes à Port Cramble, une petite ville située à 250 km d'Elroy. Nous décidâmes de nous y arrêter pour la nuit, et de reprendre le chemin le lendemain. Je louais une chambre à lits séparés, dans un petit hôtel encore plus miteux que le Princess.

- 'Vais prendre une douche, marmonna-t-il, une fois que nous nous étions installés.

Il s'adressait probablement plus à lui-même qu'à moi, puisqu'il claqua la porte de la salle de bain avec que j'eus le temps de répondre.

- C'est ça, va prendre ta douche... crétin, dis-je en grinçant des dents.

J'entendis le grincement du robinet, puis l'eau qui coulait doucement contre la paroi de la cabine de douche. Ce son à la fois doux et relaxant m'apaisa un peu et je sentis me paupières s'alourdir. Je dus m'endormir puisque ce que je vis par la suite ne pouvait être réel.

J'étais dans un immense champ de fleurs - des tulipes, pâquerettes, orchidées, jonquilles -, et je courais les cheveux au vent. L'air était tiède et vraiment agréable, et il me donnait envie de voler. Ma course folle me mena à la lisière d'un petit bois de pins. Sans réfléchir, j'abandonnai le champ aux fleurs et trottinait sur le chemin s'enfonçant dans les arbres. A peine deux minutes plus tard, j'aperçus une minuscule clairière, magnifique. Au milieu de celle-ci coulait un fin ruisseau, dont l'eau, étonnamment claire, projetait de toutes parts des reflets argentés. Je me penchai vers le liquide miroitant et mon image m'apparut. Je me contemplais en souriant quand soudain, mon visage sembla changer. Mes joues devenaient plus rebondies, mon nez se rétrécissait peu à peu, des boutons apparaissaient un peu partout sur mon menton, mes joues. Mes cheveux s'allongèrent et des mèches rouges les colorèrent vite. J'avais rajeuni de 10 ans. Un cri d'horreur m'échappa, et je plaquai mes mains contre ma bouche afin d'en éviter un nouveau.

- Voila qui est intéressant... Comme on se retrouve !

Je me retournai en un seul bond et me retrouvais face à l'homme de mes pires cauchemars, celui que j'avais laissé s'enfuir en vomissant comme une merde. Il était là, devant moi, avec son atroce cagoule noire.

- Amandine... chantonna-t-il, tu te souviens de moi ?

Je ne répondis pas, clouée au sol par ma propre peur.

- Amandine ? Répond moi, chantait-il en s'approchant de moi.

Je me recroquevillais sur moi-même, incapable de faire autre chose.

- AMANDINE !

- AAAAAH ! Hurlai-je en me réveillant en sursaut.

Je restai figée, bloquée, trop choquée pour oser bouger, même si je savais qu'il ne s'agissait que d'un rêve.

- Hé ho, Amandine !

Je relevai, avec une lenteur exagérée, la tète pour regarder mon interlocuteur. Edward était debout, à côté de mon lit, et semblait très mécontent.

- C'est l'heure ! dit-il sèchement.

- Mmmhein ?

- Il est 8h15 ! S’agaça-t-il. Dépêchez vous, nous avons pris du retard.

Je baillai et m'étirai, faisant mine de ne pas avoir entendu ce qu'il venait de dire. Il s'énervait contre moi et il croyait que j'allais jouer les bons petits toutous ? Eh bien on voyait bien qu'il ne me connaissait pas ! Il remarqua mon manège et poussa un petit cri rageur. Il se baissa, ramassa mes affaires et me les lança à la figure.

- Préparez vous ! Je vous attends dans la voiture, soyez là dans 10 minutes !

Voyant que je n'avais pas le choix, je m'habillais en vitesse, fis une rapide toilette et  mis mes affaires en boules pour les tasser dans ma valise. J'étais prête en 5 minutes, il avait pas besoin de stresser l'autre abruti.

Je le rejoins dans ma voiture, après avoir descendu les escaliers en portant mes bagages - quelle galère !

- Je vous ai pris un café, marmonna Newton, lorsque j'eu mis le contact.

- Ah... Merci ! fis-je, surprise, en attrapant le gobelet qu'il me tendait.

Nous roulâmes pendant une heure environ, dans un silence plus que pesant. Edward tenait toujours son café - dont il n'avait pas bu une goutte - et ne daignait même pas de m'adresser le moindre sourire. Je finis par en avoir plus qu'assez de cette situation grotesque et appuyai avec force sur le frein.

Le choc fut immédiat. Les pneus crissèrent dans un bruit suraigu et la voiture fut victime d'un soubresaut. A l'intérieur, il y avait des "dégâts".

- Mais vous êtes complètement malade ou quoi ?! Beuglait Edward en faisant de grands gestes désordonnés. Vous auriez pu nous tuer ! Et regardez un peu ce que vous avez fait ! J'ai du café partout sur ma veste !

J'ignorai ses cris, et tournais brusquement la tête vers lui - mes mains serraient le volant si fort, à cause de mon énervement, que j'en aurais sûrement des courbatures par la suite.

- C'est quoi votre problème ?! M’écriai-je avec hargne.

- Mon problème ? MON PROBLEME ?! Vous conduisez comme une furie et vous osez me demander si J'AI un problème ?! Cracha-t-il.

Il devenait de plus en plus rouge, ce qui m'aurait sans doute amusée en d'autres circonstances.

- Je ne parlais pas de ça !

- Alors qu'est ce qu...

- Oh allez, réfléchissez un peu ! C'est pourtant si simple ! M’exclamai-je en insistant sur le dernier mot.

Son visage, dont les traits étaient déformés par la rage, se détendit un instant, pour à nouveau changer d'expression. Celle-ci était triste et on y voyait même de la douleur. En remarquant sa souffrance, je me radoucis également. Je n'osais plus le regarder, et il semblait passionné par la tâche de café sur sa veste.

- Vous voulez vraiment le savoir ? Murmura-t-il avec douceur - et mélancolie.

 

Koelia: Non, ma troisième {#}

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Chapitre VII: Révélations.  posté le lundi 12 mai 2008 17:48

Le temps semblait s'être ralenti. On aurait dit que les secondes duraient des heures, et les minutes des jours. Edward prenait son temps, il devait être en train de rassembler ses souvenirs, ou alors il se préparait mentalement à ne pas craquer lorsqu'il me raconterait le pourquoi du comment. J'étais d'une impatience folle, mais, par respect pour lui, et surtout pour ne pas le brusquer - il risquerait de ne plus vouloir rien dire, après - je me taisais. Il inspira un grand coup, comme s'il s'apprêtait à faire quelque chose d'éprouvant et se lança.

- Ca s'est passé il y a bientôt cinq ans - ça fera cinq ans dans exactement 10 jours. Je m'en souviendrai toute ma vie... Mais de toute façon, comment oublier une telle chose ?

Il déglutit difficilement et reprit:

- Ca aurait été le plus beau jour de ma vie, si tout s'était passé comme convenu. Malheureusement, il semblerait que je fais partie des gens qui ne méritent pas le bonheur.

Je le regardais en fronçant les sourcils. J'aurais aimé lui balancer "arrête de tourner autour du pot et accouche" mais quelque chose m'en empêchait. Peut être... de la compassion envers la douleur et la tristesse qu'il dégageait.

- J'étais jeune - nous étions jeunes, à l'époque... Bien que je ne sois pas vieux maintenant !

Il rit doucement, et je fis de même. Mais j'avais le coeur serré car je voyais bien qu'il essayait de détendre l'atmosphère, sans doute pour que son récit lui paraisse moins dur.

- Elle était si jolie, dans sa longue robe blanche qui volait et virevoltait autour d'elle lorsqu'elle bougeait. Oriane, elle s'appelait Oriane. Je me souviens de son sourire éclatant, de son regard doux et rieur, et de la générosité dont elle faisait preuve. Je l’aimais tant, elle était toute ma vie. J'aurais fait n'importe quoi pour elle, même donner ma vie, s'il l'aurait fallut. Bref... Ce jour là était très particulier pour nous deux, déjà parce que nous devions célébrer notre union, ensuite parce que... parce qu'elle était... enceinte.

Je l'écoutais attentivement et hochais de temps en temps la tête. En même temps, j'étais horrifiée, car je croyais connaître la fin de son histoire.

- La cérémonie s'est déroulée on ne peut mieux. Nous étions radieux, enfin surtout elle. C'était son rêve, le mariage, et j'étais vraiment heureux qu'elle le réalise avec moi. Lorsque nous avons quitté l'église, mon père est parti chercher la voiture, une magnifique décapotable argentée - celle qui conduit les mariés à la salle des fêtes. Il n'était pas très jeune à l'époque, et j'ai voulu conduire à sa place. La salle que nous avions louée se trouvait à Reden, et nous devions emprunter une immense autoroute pour y accéder.

Je me crispai. Lui commençait à devenir de plus en plus pâle et je devinai que le dénouement était proche.

- Je... Je voulais seulement lui faire plaisir... J'entends encore sa voix lorsqu'elle m'a dit "Appuie sur le champignon, mon amour ! Je veux me sentir voler !". J'aurais fait n'importe quoi pour lui faire plaisir, n'importe quoi... Et j'ai donc... accéléré. Sur le coup, c'était réellement merveilleux. Le vent nous ébouriffait les cheveux, nous nous sentions libres et puissants. Elle a levé les bras, comme les ailes d'un avion, détaché sa ceinture, et a hurlé " je vole ! ". Je l'ai admirée à cet instant, elle était mon ange, et elle virevoltait à mes côtés, telle une magnifique créature.

Il reprit un instant son souffle, et son regard s'assombrit.

- Je la contemplais trop, beaucoup trop, si bien que je ne faisais même plus attention à la route. J'ai cependant jeté un oeil, histoire de, mais c'était trop tard. Je ne l'avait pas vue... pas vue... cette voiture au milieu de la chaussée. Et pourtant, elle était là. Le choc a été terrible. Oriane a... réellement volé.

J'étouffai un cri d'horreur et les larmes me montaient aux yeux. Le malheur de ce pauvre type me faisait plus de peine qu'il ne faudrait, mais le pire dans tout ça était qu'il racontait son histoire avec une certaine... objectivité aberrante.

- Sa robe était couverte de sang... Son crâne avait littéralement explosé... Mais j'étais là, avec elle, malgré mes blessures, je la tenais dans mes bras et lui parlait... Je... Je parlais à un... un... un cadavre...

 


 

Un silence de mort suivit ses dernières paroles. J'étais paralysée, pas de peur, mais d'horreur. Je me sentais coupable... Non pas pour cet accident dont il m'avait parlé, puisque je n'avais rien à voir dedans. Non. Je me sentais coupable pour l'unique et bonne raison que je l'avais pratiquement forcé à me révéler cette partie si douloureuse de sa vie. Je serrai les poings et fermai les yeux. Je tentai de reprendre ma respiration, qui était saccadée depuis un bon moment, déjà.

- J'ai l'impression que ma petite histoire vous a fait de l'effet ! Murmura Edward, moqueur.

- Taisez-vous donc ! Sifflai-je en rouvrant les yeux. Comment pouvez vous plaisanter dans un moment pareil ?!

Il me considéra un instant et répondit:

- Disons que... c'est ma manière à moi de traverser une épreuve difficile.

Je déglutis difficilement, et marmonnai:

- Je suis désolée... de vous avoir obligé à ressasser de tels souvenirs...

Il haussa les sourcils, l'air surpris.

- Vous ne m'avez pas forcé à quoi que ce soit ! Si je n'avais pas voulu vous en parler, croyez moi que je serais encore en train de faire la gueule dans mon coin ! Sachez juste que je n'ai pas l'habitude de me confier à des inconnus, et je ne sais pour quelle raison je l'ai fait avec vous.

Je le fixai, perplexe, me posant intérieurement la même question. En même temps, je le comprenais mieux que personne puisque je ressentais moi aussi le besoin de me confier à propos de mon père, et j'avais vraiment envie de tout lui dire à lui, Edward Newton. Pourquoi ? Comment le savoir... Ce type me donnait une impression de confiance et de sécurité, malgré l'imprudence qu'il avait commis il y avait 5 ans de cela.

- Et vous, Amandine, quel est le problème avec votre père ? S’enquit-il avec prudence.

Hum... Question délicate. Je ne répondis pas, me contentant d'admirer mes chaussures. Je mourrai cependant d'envie de tout, tout lui divulguer mais ma conscience me l'interdisait, me sommait de rester muette, ce que je fis car je n'étais pas prête.

- Désolée, Edward. Je n'ai pas envie d'en discuter maintenant. Mais peut être qu'un jour... dis-je finalement, la voix tremblotante d'hésitation.

- Je comprends. Eh bien reprenons la route, alors ! Ajouta-t-il avec entrain.

- Oui, c'est partit..., soupirai-je en remettant le contact.

 

Vla la suite ! En espérant qu'elle vous ait plue... BiZou !

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Chapitre VIII: Elroy.  posté le mercredi 14 mai 2008 21:40

Le trajet s'était parfaitement bien déroulé. Edward et moi n'avions eu aucuns problèmes pour reprendre une conversation normale et banale - à mon grand soulagement. L'ambiance était beaucoup plus détendue, et j'étais heureuse qu'il n'essaie pas de nouveau de me faire cracher le morceau sur les relations que j'entretenais avec mon paternel. Nous avions déjeuné dans un petit restaurant perdu au milieu de la campagne, à côté duquel se trouvait un vieux motel abandonné digne des pires films d'horreur.

A présent, nous n'étions plus qu'à une dizaine de kilomètres d'Elroy et l'impatience était à son comble. Moi, j'avais hâte de revoir mon père, de m'expliquer avec lui. Edward, lui, semblait joyeux à l'idée de retrouver son "chez-soi" - dixit lui même - mais j'étais sûre que c'était pour une autre raison. Néanmoins, ne voulant pas créer de nouvelles tensions, j'évitais les questions embarrassantes.

- Nous y voilà ! s'exclama-t-il, plein d'énergie, en montrant quelques habitations, dont la silhouette formait une ligne hérissée à l'horizon.

Je fis un bond sur mon siège et me relevais d'un seul coup, et me crispant sur le volant. Dix kilomètres... Mon estimation était complètement fausse. Je distinguais au loin quelques maisons, mais pas de grands immeubles imposants, comme à Lexville. J'étais légèrement étonnée, puisque je ne me souvenais pas qu'Elroy était si... campagnarde !

- Euh... c'est... comment dire... rural ? Dis-je, ne trouvant pas les mots justes.

- Oh, c'est normal que vous ne reconnaissiez pas ! La ville s'est beaucoup agrandie, depuis deux ans. Là, ce n'est que la périphérie que vous pouvez voir. Le centre est beaucoup plus imposant et moderne. L'agglomération entière fait pratiquement les deux tiers de Lexville.

J'émis un grognement surpris. La dernière fois que j'étais venue ici, la ville était très petite, très concentrée. Je me dis que cette partie là devait être le centre-ville actuel.

Un panneau d'indication trônait fièrement à l'entrée d'Elroy. Je pouvais lire: "Elroy - 283.000 Habitants". Moi qui ne connaissais qu'une petite cité de 12.000...

- Comment c'est possible... balbutiai-je, plus pour moi que pour mon passager.

- Vous savez... Quand les meurtres en série ont commencé, Elroy était une des villes où il régnait un calme plat. Les gens ont été effrayés par tous les évènements et sont venus se réfugier ici.

Son visage s'assombrit soudainement.

- C'est maintenant une véritable cible pour notre tueur, lui qui aime le danger des grandes agglomérations. Ah, tournez à gauche, ajouta-t-il en pointant une avenue du doigt.

- Le poste n'est plus au sud ? M’enquis-je avec étonnement, en prenant la direction qu'Edward m'avait indiquée.

- Non. Pour des raisons pratiques, il a été déplacé au coeur du centre-ville.

Je hochai la tête en guise de réponse et continuais à rouler, avec prudence cette fois-ci car je ne reconnaissais plus les lieux. Nous arrivâmes au poste de police dix minutes plus tard, notre cheminement ayant été ralentit par de nombreux feux rouges. Je me garai contre le bâtiment, et sortis en claquant la portière. J'émis un sifflement d'admiration en observant mon futur lieu de travail.

- Eh ben, ça n'a plus rien à voir avec le cube de briques d'avant !

Edward se contenta de sourire et m'emboîta le pas, tandis que je pénétrais dans le hall d'entrée.

 

Prochain épisode: la confrontation d'Amandine avec son père !! n_n

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